Ingénieur pétrole : le défi renouvelé



Aujourd'hui, les réserves de pétrole dites " prouvées " correspondraient à 40 années de consommation. Mais, chaque jour, de nouvelles données techniques et économiques viennent régulièrement établir qu'il est possible de repousser l'échéance de la fin du pétrole.
C'est justement cette part d'imprévu que comporte l'analyse d'un réservoir*, toujours susceptible de surprendre par son comportement et de mettre au défi les scientifiques les plus expérimentés qui est la source première de motivation de ceux qui ont choisi l'industrie pétrolière et gazière comme terrain d'aventure.

*La roche qui contient le pétrole s'appelle un réservoir.


Anne Michèle est coordinateur géoscience chez Perenco, une entreprise française de dimension internationale, spécialisée dans l'acquisition et le développement de champs matures.
Un premier emploi chez un grand pétrolier anglais (B.G) vite décroché avant même le terme de son Master en Sciences en Ingénierie Pétrolière à l'Impérial Collège de Londres, une année de spécialisation (sponsorisée) choisie sur recommandation de son tuteur de stage. " Je n'avais rien à perdre, tout à gagner, un travail quasiment assuré au sortir des études " souligne-t-elle. " Ce que j'ai découvert ensuite et notamment chez Perenco, c'est un environnement stimulant qui offre l'opportunité de travailler en équipes pluridisciplinaires et multiculturelles sur des projets d'envergure internationale et avec une réelle dimension "terrain" "

Ce métier, elle l'a rencontré un peu par hasard. " Après des études en mathématiques, je me suis dirigée vers des études d'ingénieur, sans trop d'idée précise au départ. Durant la 3ème année, on vous demande d'effectuer un stage en entreprise. Mon choix s'est alors porté sur la filiale londonienne de la société Elf, plus par intérêt linguistique qu'autre chose. C'est là que j'ai été pour la première fois exposée à ces métiers ".
Une révélation pour cette jeune femme qui, dès lors, est convaincue d'avoir trouvé sa voie. Un choix en parfaite adéquation avec un tempérament volontaire et intuitif, quelque part puisé dans ses racines insulaires, en terre de beauté, c'est certain….

" Ce que j'aime dans mon métier, c'est son côté international. Dans la même journée, je peux travailler sur différents projets, l'un en Egypte, l'autre en Tunisie ou encore en Turquie… différents pays, différents terrains d'aventure, ce n'est jamais pareil. Mais ce qui me séduit le plus dans ce job, c'est qu'on ne travaille jamais en solo sur un projet. L'étude d'un gisement, c'est un travail d'équipe qui mobilise des ingénieurs réservoir, des pétro-physiciens, des géologues, mais pas seulement "


Anne-Michèle est, quant à elle, chargée de coordonner la partie geoscience des projets de développement des concessions méditerranéennes et moyen-orientales, une mission qu'elle pilote le plus souvent de son bureau londonien, le plus souvent un travail d'analyse d'informations et de prise de décisions.

Actuellement, et parmi les différents dossiers qu'elle coordonne, il y a ce projet de développement de champ gazier offshore au Nord Sinaï égyptien. " Sur ce champ, deux puits d'exploration ont déjà été forés. Nous avons analysé les mesures effectuées sur ces puits pour évaluer les qualités du gisement et évaluer les volumes de gaz présents, afin de mettre en place une stratégie de développement. Nous devons maintenant décider du nombre de puits à forer et de leur position exacte, afin d'optimiser la production de gaz et la rentabilité du champ gazier. Des dizaines de million de dollars par puits sont en jeu. C'est pourquoi, les décisions doivent être prise très consciencieusement. Outre les prévisions, les modèles économiques et leur lot d'incertitudes, nous devons rechercher des solutions permettant d'optimiser la production tout au long de la durée de vie du réservoir. Et cela suppose un vrai travail d'équipe… " tient-elle à préciser.
" Mon travail n'est pas d'aller sur les plates-formes pétrolières, comme le ferait par exemple un ingénieur réservoir ou un foreur mais plutôt de coordonner les projets " poursuit-elle. " Le plus souvent, je suis au bureau, au téléphone avec mes collaborateurs qui sont dans nos filiales ou sur mes deux ordinateurs à faire tourner mes logiciels, déchiffrer les diagraphies, analyser les recommandations de nos filiales avant de rendre un arbitrage, ou encore, à préparer mes présentations pour les réunions comme celles que nous allons avoir dès demain au Caire ".



Le lendemain
, Anne-Michèle file avec Jeff, responsable technique développement, dans le taxi qui les mène à l'aéroport d'Heathrow, destination Le Caire, siège de la filiale égyptienne.
Une série marathon de réunions les attend, prélude à un grand meeting qui rassemblera ingénieurs, décideurs gouvernementaux et autres professionnels de la géoscience, un univers plutôt masculin. Mais comme elle dit " être une femme n'est pas un problème, ce qui compte, c'est d'avoir en commun la compétence relationnelle et d'instaurer une relation d'égal à égal dès le début, et pour ma part, je n'ai jamais rencontré de problèmes de discrimination. ".

Dès son arrivée à l'Hôtel Hyatt du Caire vers 1heure du matin, Anne Michèle revisite ses fiches et pianote sur son BlackBerry afin de récupérer ses derniers mails, ultime check-list pour s'assurer qu'elle sera fin prête pour les différents meetings du lendemain ….

19h00, fin du marathon. De retour à l'hôtel après une journée bien remplie, Anne-Michèle peut s'accorder quelques instants de détente avec ses collègues, Jeff, Gordon, Pascal, Pierre, Bruno…. "
Etre ici au Caire, ça permet de développer les relations avec nos collègues des filiales et nos patrons. Que l'on le veuille ou non, ces relations sont essentielles. On prend le temps de se parler et de mieux se connaître " tient-elle à souligner. Des voyages qui impactent certainement les résultats et qui feront gagner de précieuses heures en organisation pour les projets futurs.



En raison de cette interaction continue propre à la géoscience, l'aptitude à communiquer, à se rendre disponible, tout en se montrant " relax " et ouvert aux autres professionnels du pétrole constitue une compétence inestimable. Des qualités, vite détectées chez Anne-Michele, qui ont conduit la jeune femme tout droit à ce poste de coordinateur géoscience, un job qui lui donne entière satisfaction.




" Ici, je bénéficie d'excellentes conditions, un bureau au cœur de Chelsea, dans un quartier chic et vivant avec ses pubs, ses bons restaurants et ses boutiques, des collègues sympas, des voyages mais pas trop, des responsabilités et une autonomie dans mon travail qui me font sentir que j'ai un impact direct sur un projet.
Un métier plein d'imprévu, jamais pareil, c'est pour ça que je l'aime " s'enthousiasme-t-elle .

Et de conclure sur un message à l'attention des jeunes scientifiques qui n'ont pas encore fait leur choix
" l'industrie pétrolière embauche, c'est un milieu très excitant ; alors….venez vite nous rejoindre ! "


Pour en savoir plus sur le pétrole :

http://www.canalu.com

La  vidéo de l'ingénieur pétrole

Et bientôt en ligne sur le site du CERIMES

R.Dréano - juin 2007